Producteur malien devant sa fosse de compost, avec des sacs d'engrais vides au premier plan

Compost ou engrais chimique : la bonne combinaison pour les sols sahéliens

Résumé

La crise d'Ormuz de 2026 a fait chuter le commerce mondial des engrais et laissé le Mali avec des stocks couvrant 22 % de ses besoins. Fabriquer son compost à partir des résidus et du fumier de l'exploitation réduit cette dépendance, améliore les sols sableux et rend chaque sac d'engrais plus efficace.

Depuis la fin février 2026, la guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz ont bloqué une partie des exportations d’engrais du Golfe. Selon la FAO, le commerce mondial d’engrais a chuté d’environ 30 % entre janvier et avril 2026 par rapport à la même période de 2025, et les prix ont grimpé d’environ 25 % entre février et mai. La Banque mondiale prévoit une hausse de plus de 31 % des prix des engrais sur l’année, et de près de 60 % pour l’urée.

Au Mali, la conséquence s’est vue directement dans les champs : fin août, les stocks disponibles ne couvraient que 22 % des besoins nationaux selon le système d’alerte de la FAO, et la CMDT a dû reconvertir 12 123 hectares de coton en mil dans la zone de Fana, faute d’intrants arrivés à temps. Même si les prix mondiaux ont reculé depuis la réouverture du détroit en juin, ils restent élevés au bord du champ en Afrique. En cette Semaine de l’agroécologie, une conviction s’impose : fabriquer sa propre fumure organique n’est plus seulement un choix écologique, c’est une assurance contre les ruptures d’approvisionnement. Voyons comment s’y prendre concrètement.

Producteur malien devant sa fosse de compost, avec des sacs d'engrais vides au premier plan
Quand l’engrais manque, le compost de l’exploitation prend le relais.

Chiffre clé

15 000 FCFA contre 30 000 FCFA : c’est le prix du sac de 50 kg d’engrais minéral avec et sans subvention, selon les producteurs interrogés par le Journal du Mali en septembre 2026.

L’État a prévu une enveloppe de 164,39 milliards de FCFA pour la campagne 2026-2027, qui maintient la subvention des engrais minéraux et organiques.

Magasin d'intrants presque vide avec des producteurs qui attendent l'engrais
Fin août 2026, les stocks d’engrais ne couvraient que 22 % des besoins du Mali (FAO).

1. Pourquoi le sol sahélien réclame de la matière organique

Les sols de nos zones soudano-sahéliennes sont le plus souvent sableux ou sablo-limoneux, pauvres en argile, et leur argile dominante (la kaolinite) retient peu les éléments nutritifs. Sous la chaleur, la matière organique se décompose vite. Les engrais minéraux nourrissent la plante pour la saison, mais n’apportent ni humus ni structure : cultivé année après année sans restitution organique, le sol perd sa matière organique, se tasse, infiltre moins bien l’eau et peut s’acidifier.

En restituant régulièrement de la matière organique (compost, fumier, résidus), vous recréez un sol vivant : les organismes du sol décomposent ces apports et libèrent progressivement les nutriments, tandis que l’humus améliore la rétention d’eau entre deux pluies.

Comparaison entre un sol sableux appauvri et une terre riche en humus
À gauche, un sol épuisé ; à droite, un sol nourri en matière organique.

Le saviez-vous ? Dans nos sols pauvres en argile, c’est la matière organique qui fait l’« éponge »

On parle souvent du complexe argilo-humique, qui retient les éléments nutritifs. Mais dans les sols tropicaux peu argileux, c’est surtout l’humus qui porte cette capacité : une étude de l’IITA a mesuré que la matière organique assurait 75 à 85 % de la capacité d’échange d’un sol ferrugineux tropical.

Elle retient les éléments chargés positivement (potassium, calcium, magnésium, azote ammoniacal) et limite leur lessivage par les premières grosses pluies d’hivernage. Attention : l’azote sous forme de nitrate, lui, n’est pas retenu et part facilement avec l’eau — d’où l’intérêt de fractionner les apports.

Mains tenant une poignée de terre humifère humide
Dans nos sols pauvres en argile, c’est l’humus qui retient l’eau et les nutriments.

2. Organiser la fertilisation organique sur l’exploitation

La transition ne s’improvise pas : elle commence par l’inventaire et la collecte des biomasses disponibles sur l’exploitation ou au village — pailles de mil et de sorgho, fanes d’arachide et de niébé, fumier de bovins et de petits ruminants, feuilles d’arbustes locaux comme Guiera senegalensis, cendres.

Charrette asine chargée de pailles de mil et de fanes d'arachide
Pailles, fanes et fumier : la matière première est déjà sur l’exploitation.

Deux techniques sont largement diffusées par les services d’encadrement et les projets de recherche dans la sous-région : le compost en fosse au champ et le compost en tas, toujours en alternant des couches de matières sèches (riches en carbone) et de matières fraîches ou de déjections animales (riches en azote).

Geste technique : les 4 étapes d’un compost de qualité au champ

1. Choisir l’emplacement : au bord du champ, hors zone inondable, si possible à l’ombre et près d’un point d’eau. Une fosse type mesure environ 3 m × 3 m × 1,2 m de profondeur.

2. Empiler méthodiquement : alternez une couche de résidus secs d’environ 20 à 30 cm et une couche de fumier ou de déjections de 5 à 10 cm. Tassez chaque couche. Une poignée de cendre ou de phosphate naturel entre les couches enrichit le compost.

3. Piloter l’humidité : le tas doit rester humide comme une éponge essorée (ni sec, ni détrempé). Arrosez à chaque couche, puis dès qu’il s’assèche ; en saison sèche, couvrez-le (paille, sacs) pour limiter l’évaporation.

4. Retourner : un premier retournement vers 15 jours, puis vers 1 mois et 2 mois, pour aérer et relancer la montée en température. Plus vous retournez, plus le compost est prêt vite.

Durée : comptez 3 à 4 mois pour un compost bien conduit (arrosé et retourné). Une fosse peu retournée, remplie en début d’hivernage, ne se vide souvent qu’à la saison sèche suivante.

Creusement d'une fosse de compost au bord du champ, près d'un puits
Étape 1 : une fosse à l’ombre, hors zone inondable et près de l’eau.
Couches alternées de paille sèche et de fumier dans une fosse de compost
Étape 2 : 20 à 30 cm de matières sèches, 5 à 10 cm de fumier, et on recommence.
Productrice arrosant un tas de compost à l'arrosoir
Étape 3 : humide comme une éponge essorée, ni sec ni détrempé.
Retournement du compost à la fourche vers une fosse voisine
Étape 4 : retourner à 15 jours, 1 mois et 2 mois accélère la maturation.

3. Sécuriser la rentabilité de votre exploitation

Le compost fait maison ne coûte presque rien en argent, mais il demande du travail et de la biomasse. Son intérêt économique est double : il réduit la quantité d’engrais minéral à acheter, et il améliore l’efficacité de chaque sac acheté, car un sol riche en humus retient mieux les nutriments et l’eau.

Les références de la recherche sahélienne vont dans le même sens : la microdose (une petite dose d’engrais minéral au poquet) augmente fortement les rendements de mil et de sorgho, mais, utilisée seule, elle épuise progressivement le sol en azote, phosphore et potassium, surtout quand les pailles sont exportées. Elle est donc recommandée en association avec la fumure organique, en particulier sur sols sableux. L’objectif réaliste n’est pas forcément « zéro engrais » du jour au lendemain, mais un système où l’organique fait le gros du travail et le minéral vient en complément ciblé.

Apport de compost et d'une microdose d'engrais dans les poquets de semis
Compost au poquet et microdose : l’organique fait le gros du travail, le minéral complète.

Le mot du coach

Ne cherchez pas à basculer toute votre surface en organique d’un coup si vos stocks de matière organique sont limités. Commencez par un quart de votre parcelle maraîchère ou de votre champ, notez vos coûts et vos rendements, comparez avec le reste de la parcelle, et montez en puissance d’une saison à l’autre. Et lancez votre compost dès maintenant : un tas démarré en octobre-novembre sera prêt pour vos cultures de contre-saison ou pour la prochaine campagne. La régularité bat la précipitation !

4. Conclusion et perspectives

La crise des engrais de 2026 a rappelé à quel point nos exploitations dépendent d’un marché mondial lointain. La fertilisation organique n’est pas un retour en arrière : c’est une modernisation qui valorise ce que l’exploitation produit déjà, protège le sol et réduit l’exposition aux chocs de prix. Combinée à un usage raisonné de l’engrais minéral, elle construit une exploitation plus résiliente, plus économe et plus durable.

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Vos questions les plus importantes

Cliquez sur une question pour afficher la réponse.

💸Question 1Pourquoi les engrais chimiques sont-ils si chers et si difficiles à trouver en 2026 ?
En bref : la crise du détroit d’Ormuz a bloqué une partie des exportations du Golfe.
28/02/2026début de la guerre et fermeture d’Ormuz
−30 %de commerce mondial d’engrais sur janvier-avril (FAO)

Plusieurs grands pays producteurs ont aussi restreint leurs exportations, et au Mali se sont ajoutés des retards de distribution des engrais subventionnés.

🏛️Question 2Les engrais organiques sont-ils aussi subventionnés au Mali ?
En bref : oui, pour la campagne 2026-2027, minéraux et organiques.
15 000 FCFAle sac de 50 kg d’engrais minéral subventionné
30 000 FCFAsans subvention

Les modalités (cautions, dates limites) passent par les Chambres d’agriculture, les filières et les services techniques : renseignez-vous tôt.

⚖️Question 3Le compost peut-il remplacer totalement l’engrais minéral ?
En bref : tout dépend de l’état de votre sol.
🌿 Sol fertile et bien gérél’organique peut couvrir l’essentiel des besoins, surtout en maraîchage
🏜️ Sol très dégradéassocier fumure organique et petites doses d’engrais minéral

L’un sans l’autre donne de moins bons résultats à long terme.

⏳Question 4Combien de temps faut-il pour obtenir un compost mûr ?
En bref : environ 3 à 4 mois, s’il est bien arrosé et retourné.
3 à 4 moispour un compost arrosé et retourné régulièrement

Signes qu’il est mûr : brun foncéfriableodeur de sous-boismatières de départ méconnaissables

💧Question 5Comment garder le compost humide pendant la saison sèche ?
En bref : de l’ombre, une fosse et une couverture.
① L’emplacementà l’ombre, près d’un puits ou d’un point d’eau
② La fosseplutôt que le tas : elle s’assèche moins vite
③ La couverturepaille ou sacs pour limiter l’évaporation
🌾Question 6Quelles biomasses locales utiliser au Mali ?
En bref : presque tout ce que l’exploitation et le village produisent déjà.

Végétaux : pailles de mil et de sorghofanes d’arachide et de niébéfeuilles de Guiera senegalensis

Animaux : fumier de bovinsfumier de petits ruminantsfientes de volaille

Autres : déchets de cuisine et de marchécendres

🎓Question 7Où se former pour appliquer ces méthodes ?
En bref : en ligne avec nous, et près de chez vous.

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Ressources web enrichies

1. FAO — Le commerce mondial des engrais réduit de 30 % (Pleinchamp, 19 juin 2026)
Chiffres des perspectives FAO du 18 juin 2026 sur la chute des échanges et la hausse des prix. pleinchamp.com

2. Banque mondiale — Perspectives des marchés des matières premières, avril 2026 (Nairametrics, 3 mai 2026)
Hausse prévue de plus de 31 % des prix des engrais et de près de 60 % pour l’urée en 2026. nairametrics.com

3. Ecofin — Les prix mondiaux des engrais baissent, pas pour les agriculteurs africains (14 juillet 2026)
Pourquoi les prix au champ restent élevés en Afrique malgré la réouverture d’Ormuz. ecofinagency.com

4. APA — Mali : le déficit d’engrais pèse sur la campagne agricole (8 septembre 2026)
Stocks à 22 % des besoins (FAO), hausse des prix de l’urée et des NPK, 12 123 ha reconvertis à Fana. apanews.net

5. Journal du Mali — Campagne agricole : les engrais restent difficiles d’accès (septembre 2026)
Prix subventionné et non subventionné, difficultés d’accès à l’engrais organique à Niono. journaldumali.com

6. Maliweb — Le Mali mobilise 164 milliards de FCFA pour la production agricole (29 juin 2026)
Enveloppe de la campagne 2026-2027 et prix des intrants subventionnés. maliweb.net

7. CIRAD / Fertipartenaires — Fiche technique n° 1 : le compost au champ
Dimensions de la fosse, couches, retournements, quantités à épandre. cirad.fr

8. FAO — On-Farm Composting Methods (Misra, Roy et Hiraoka, 2003)
Méthodes de compostage paysannes, calendrier de retournement et durée de maturation. fao.org

9. FAO / ICRISAT — La fertilisation localisée au semis ou microdose (fiche Niger, 2012)
Recommandation d’associer microdose et matière organique sur sols sableux. fao.org

10. Ibrahim et al. (2016) — La microdose au Sahel : un succès avec une ombre
Gains de rendement du mil, mais bilans en nutriments négatifs sans restitution organique. cgiar.org

11. Oorts, Vanlauwe et Merckx (2003) — Capacité d’échange de la matière organique d’un sol ferrugineux tropical
La matière organique porte 75 à 85 % de la capacité d’échange du sol. cgiar.org


joel SIMONNET

joel SIMONNET

Ingénieur pédagogique expert en agroécologie et permaculture.

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